Programme de recherche
Le programme scientifique de l’Institut pour 2026-2030 part d’une question commune, qu’il décline en six pôles de recherche.
Une question commune
L’Europe d’après 1945 s’est refondée sur les acquis de la politique moderne, que résume le concept d’émancipation : l’égalité en droits des citoyens. Elle a pourtant pris acte de l’insuffisance de cette conception, face à l’expérience d’une souveraineté populaire nationale capable de destituer une minorité de ses droits, de la persécuter et de l’exterminer. Son fondement est donc d’abord négatif. Il s’énonce comme un interdit, soustrait à toute délibération, et c’est de cet interdit que procèdent les institutions qui font de l’Europe un projet politique : l’inviolabilité de la dignité humaine, la subordination de la souveraineté populaire au droit, une légitimité détachée de l’appartenance à un peuple.
Ce fondement fait du sort des Juifs européens l’épreuve de vérité du projet européen. Leur situation présente n’est pas le simple reflet d’une crise plus générale ; elle en est le lieu d’intelligibilité. L’antisémitisme contemporain, dont la facture nouvelle est devenue manifeste après le 7 octobre 2023, en est le signe le plus visible : lorsque le fondement s’estompe et n’oblige plus, l’antisémitisme cesse d’être lisible dans sa spécificité et se dissout dans un discours général sur le racisme. Comprendre ce qui arrive aux Juifs d’Europe, c’est comprendre ce qu’il advient du fondement sur lequel l’Europe s’était tenue.
Quatre prolongements
Les minorités
Les États européens ont longtemps pensé leurs minorités sur le mode de l’assimilation. L’élargissement de l’Union vers l’Est, où le fait minoritaire est une réalité ancienne, les migrations et les revendications identitaires ont rendu ce modèle insuffisant, sans qu’un autre s’y substitue. Le cas juif est étudié comme un prisme de cette question générale : le rapport entre minorités et sociétés majoritaires.
La diaspora
La diaspora juive européenne a une longue expérience de l’articulation entre minorité et État-nation. Elle en a tiré une pensée politique propre, qui a su lier politique juive et démocratie. Vue d’Israël comme des États-Unis, cette diaspora est souvent réduite à la mémoire et à la lutte contre l’antisémitisme. L’Institut prend sa pensée politique pour objet, afin de la rendre explicite et d’en éprouver l’actualité.
L’exil
La tradition juive a pensé la condition diasporique sous le nom de galout, dans une tension entre la nécessité de se maintenir en exil et l’espoir d’en sortir. La Shoah et la création de l’État d’Israël ont introduit dans ce paradigme une double césure, que la tradition n’avait pas envisagée. Penser ce que devient l’exil après elles suppose de croiser l’étude juive et le savoir moderne.
Israël
Omniprésent dans le débat public européen, Israël reste peu étudié par la recherche européenne. Il est pourtant né de la matrice intellectuelle de l’Europe : du mouvement des nationalités, de la question juive, des contradictions de l’émancipation. Le sionisme s’est pensé à Vienne, à Berlin et à Odessa avant de se réaliser au Moyen-Orient. Étudier Israël, c’est aussi comprendre une part de l’Europe elle-même.
Deux exigences
La première est de méthode : conduire sur le fait juif contemporain des enquêtes de sciences sociales qui tiennent la distinction entre l’énoncé savant et la prise de position. La seconde est d’échelle : les questions de l’Institut ne se laissent pas traiter dans un cadre national, et ses travaux procèdent par comparaison entre les sociétés européennes.
Organisation
Le programme se déploie en six pôles de recherche. Chaque pôle s’organise autour d’une chaire, à laquelle sont associés des doctorants et des post-doctorants. Il est placé sous la responsabilité scientifique d’un comité formé de spécialistes de son domaine et nommé par le conseil scientifique de l’Institut. Ce comité propose les chercheurs appelés sur la chaire ou invités au sein du pôle, et il est associé au choix des boursiers.
Doctorants, post-doctorants, chercheurs associés et professeurs invités sont tous rattachés à l’un des pôles. Le conseil scientifique veille à la cohérence d’ensemble du programme, et des séminaires internes font circuler les travaux d’un pôle à l’autre.
